Les documents accompagnant le projet de loi de finances 2027 apportent un nouvel éclairage sur les investissements climatiques des établissements et entreprises publics. Pour les fournisseurs marocains, ces informations permettent de mieux cibler les donneurs d’ordre et de préparer leurs offres. Un projet recensé ne constitue toutefois pas encore un marché accessible.
Le ministère des Finances a publié, le 23 octobre 2026, les documents accompagnant le projet de loi de finances 2027, dont le rapport sur les établissements et entreprises publics. Cette publication offre aux acteurs économiques une base pour analyser les orientations d’investissement du secteur public.
Pour les entreprises spécialisées dans l’énergie, l’eau, les équipements industriels ou le conseil environnemental, l’enjeu consiste à transformer cette information en préparation commerciale : identifier les besoins, suivre la maturité des projets et démontrer la pertinence de leurs solutions.
Un portefeuille climatique évalué à 140,58 milliards de dirhams
Le rapport présente une démarche de chiffrage élargie à 40 établissements et entreprises publics, dont 19 ont transmis des projets d’investissement climato-pertinents.
Le portefeuille analysé comprend 53 projets, représentant 155,24 milliards de dirhams à l’horizon 2030. La composante climatique est évaluée à 140,58 milliards de dirhams, répartie principalement entre l’atténuation des émissions et l’adaptation au changement climatique.
Ces deux dimensions répondent à des besoins différents. L’atténuation vise la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation cherche à limiter la vulnérabilité des activités et des infrastructures aux effets du changement climatique, notamment au stress hydrique.
Ces montants correspondent à un chiffrage de portefeuille. Ils ne doivent pas être assimilés à des fonds intégralement disponibles, à des dépenses déjà réalisées ou à une enveloppe de subventions destinée aux PME. Le rapport accompagne un projet de loi de finances et ne crée pas, à lui seul, de nouvelles obligations pour les fournisseurs.
Des perspectives à examiner selon les métiers
Pour les entreprises marocaines, la valeur de cette publication réside dans l’identification des domaines à suivre. Les pistes ci-dessous constituent une analyse des besoins potentiels, à confronter aux consultations effectivement publiées.
Énergie et performance des équipements
Les bureaux d’études et intégrateurs peuvent examiner les besoins liés au diagnostic énergétique, à la modernisation des équipements, au pilotage des consommations ou à l’intégration d’énergies renouvelables.
Une offre gagne en crédibilité lorsqu’elle explique précisément la situation de départ, les performances attendues, les conditions d’exploitation et la méthode de vérification des résultats. Une promesse générale de réduction de la facture énergétique reste insuffisante pour évaluer un investissement.
Eau et résilience des installations
Les spécialistes du traitement de l’eau, de la réutilisation, du comptage et de la maintenance peuvent préparer des propositions associant performance technique et maîtrise des coûts.
L’analyse doit intégrer les consommations électriques, les besoins en produits chimiques, les contraintes de maintenance et la continuité de service. Une solution économe en eau doit aussi être évaluée sur l’ensemble de son fonctionnement.
Mesure carbone et ingénierie de projet
Les cabinets spécialisés peuvent apporter un appui à la définition des situations de référence, à l’évaluation des émissions évitées et au suivi des résultats.
Ces prestations permettent notamment de comparer plusieurs options techniques. Leur intérêt dépend de la qualité des données, de la transparence des hypothèses et de l’adéquation de la méthode au projet étudié.
Du projet recensé au marché attribué : suivre les bonnes étapes
Une entreprise qui souhaite se positionner doit distinguer plusieurs niveaux de maturité.
Le projet recensé permet d’identifier un porteur, une localisation et des besoins potentiels. Il constitue un premier signal à suivre.
La phase d’études et de préparation précise progressivement le périmètre technique, le calendrier et les modalités de financement.
La consultation publiée fournit les informations nécessaires pour décider de candidater : prestations demandées, critères de sélection, pièces à fournir et échéances.
Le marché attribué permet d’identifier le titulaire et, le cas échéant, d’examiner les possibilités de sous-traitance ou de fourniture.
Le montant global d’un programme ne renseigne pas directement sur la taille des lots, leur calendrier ou leur accessibilité. Pour une PME, une prestation spécialisée peut être plus pertinente qu’un positionnement sur l’ensemble d’une infrastructure.
Les fournisseurs ont donc intérêt à croiser les rapports institutionnels avec les portails d’achat des organismes concernés et les avis de consultation. Chaque opportunité doit être qualifiée à partir des documents propres au marché.
Préparer des offres qui démontrent leur valeur
La préparation commerciale peut commencer avant l’ouverture d’une consultation, à travers quatre actions.
Identifier les donneurs d’ordre prioritaires
Une liste ciblée, construite selon les métiers et les références de l’entreprise, facilite un suivi régulier des projets. Elle permet de concentrer les efforts sur les besoins auxquels le fournisseur peut réellement répondre.
Documenter les réalisations
Les références les plus utiles présentent le problème initial, la solution mise en œuvre, les résultats mesurés et les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus.
Les indicateurs doivent être compréhensibles et vérifiables : consommations avant et après intervention, volumes d’eau économisés, disponibilité des équipements ou évolution des coûts d’exploitation.
Raisonner en coût global
Le prix d’acquisition doit être complété par les dépenses d’énergie, d’eau, de consommables, de maintenance et de remplacement. Cette approche aide à expliquer la valeur économique d’une solution sur sa durée d’utilisation.
Elle rejoint les principes d’une démarche d’achats responsables, qui prend en compte les performances et les impacts au-delà du seul prix initial.
Préparer les partenariats nécessaires
Un fournisseur d’équipements peut avoir besoin d’un bureau d’études, d’un installateur ou d’un spécialiste du suivi environnemental. Ces collaborations doivent préciser les responsabilités, les interfaces techniques et les engagements de chacun.
La complémentarité entre les fournisseurs de solutions bas carbone au Maroc peut ainsi contribuer à construire des offres plus complètes, adaptées aux besoins des donneurs d’ordre.
Un horizon 2035 à suivre, sans anticiper les décisions
Le rapport identifie également 17 projets portés par sept établissements et entreprises publics dans un exercice prospectif à l’horizon 2035. Ce vivier doit encore être qualifié et priorisé avant une éventuelle présentation aux points focaux nationaux du NDC Partnership.
Pour les fournisseurs, cet horizon peut guider le développement de compétences et de partenariats. Il ne justifie pas de considérer les projets comme financés ou les marchés comme imminents.
La démarche la plus utile consiste à établir, dès maintenant, une fiche de suivi par donneur d’ordre : besoins identifiés, état d’avancement, sources officielles, prochaine échéance et capacités à renforcer. C’est à cette échelle que l’information sur les investissements climatiques devient exploitable pour une entreprise marocaine.

