À Benguerir, OCP Green Energy franchit une nouvelle étape dans l’intégration des énergies renouvelables à ses activités minières. Son système de stockage par batteries illustre un enjeu central pour les industriels marocains : disposer de l’électricité solaire au moment où leurs installations en ont besoin.
OCP Green Energy annonce avoir achevé la construction et réalisé la mise sous tension d’un système de stockage par batteries sur le site minier de Benguerir. Cette étape ouvre une phase d’essais de performance avant son exploitation complète. L’installation affiche une puissance de 25 MW et une capacité énergétique de 125 MWh, selon le communiqué du Groupe OCP.
Pour les entreprises marocaines, ce projet offre un cas concret à examiner : dans quelles conditions l’association du photovoltaïque et du stockage peut-elle améliorer la maîtrise des coûts et la disponibilité de l’énergie ?
À Benguerir, stocker le solaire pour les heures de pointe
Le dispositif, appelé BESS — Battery Energy Storage System, utilise des batteries lithium-fer-phosphate, ou LFP. Fourni par Envision, il est couplé à la centrale photovoltaïque du site.
OCP indique un investissement proche de 170 millions de dirhams, comprenant les équipements, les travaux d’intégration, les études et la gestion du projet. Le fonctionnement prévu repose sur une charge pendant la production solaire, puis une restitution de l’électricité durant les périodes de forte demande.
Le groupe annonce une réduction attendue de 25 % de la facture électrique pendant les heures de pointe. Ce chiffre constitue une projection propre au projet : il ne correspond ni à une économie déjà mesurée ni à une baisse de 25 % de la facture annuelle totale.
Comprendre la différence entre puissance et capacité
La puissance, exprimée en mégawatts, indique le rythme auquel une batterie peut fournir de l’électricité. Sa capacité énergétique, exprimée en mégawattheures, représente la quantité d’énergie qu’elle peut stocker.
Le rapport entre les caractéristiques annoncées à Benguerir — 125 MWh divisés par 25 MW — correspond à cinq heures à puissance nominale. Cette lecture ne signifie pas que l’ensemble du site minier pourrait fonctionner cinq heures en autonomie. La durée réellement disponible dépend notamment de la charge alimentée, de l’état de charge, des pertes et des limites d’exploitation.
Pour un industriel, le dimensionnement doit donc répondre à deux questions distinctes : quelle puissance faut-il fournir, et pendant combien de temps ?
Quand une batterie peut-elle améliorer un projet solaire ?
Une installation photovoltaïque produit principalement en journée. Une usine peut, elle, consommer tôt le matin, en soirée ou en continu. Le stockage permet de déplacer une partie de cette production vers d’autres périodes.
Son intérêt économique dépend toutefois du fonctionnement du site. Une entreprise consommant immédiatement presque toute sa production solaire dispose de moins d’énergie excédentaire à stocker. À l’inverse, un décalage marqué entre production et consommation peut justifier une étude plus approfondie.
Le tarif électrique compte également : la valeur de l’énergie restituée doit être comparée au coût de sa charge, aux pertes et au coût du système sur sa durée de vie. Les outils de simulation du NREL permettent précisément d’étudier les stratégies de charge et de décharge en fonction des usages et des paramètres économiques.
Le stockage doit ainsi être dimensionné à partir des courbes de consommation et de production, plutôt qu’à partir de la seule puissance des panneaux installés.
Continuité d’alimentation : une fonction à prévoir dès la conception
Une batterie peut contribuer à la résilience énergétique d’un site. Mais sa présence ne garantit pas, à elle seule, une alimentation de secours lors d’une coupure du réseau.
Cette fonction nécessite une architecture adaptée : dispositifs de séparation du réseau, commandes compatibles avec un fonctionnement autonome, sélection des équipements prioritaires et réserve d’énergie disponible. Les travaux du NREL sur le stockage pour la résilience soulignent l’importance de ces conditions techniques.
Une entreprise souhaitant protéger une chambre froide, une ligne de production ou un système informatique doit donc exprimer ce besoin dès le cahier des charges. Le fournisseur doit préciser les charges secourues, le délai de basculement et la durée d’alimentation garantie.
Les questions à poser avant d’investir
Pour les industriels marocains, l’enseignement du projet de Benguerir est avant tout méthodologique. Une étude solaire avec stockage devrait examiner plusieurs points essentiels :
- Le profil énergétique : à quels moments apparaissent les surplus solaires et les pointes de consommation ?
- Le dimensionnement : quelle puissance et quelle capacité utile répondent réellement aux besoins ?
- La performance : quel rendement est garanti et comment évolue la capacité avec le vieillissement ?
- Le coût complet : quels coûts prévoir pour l’intégration, la maintenance et les remplacements ?
- La sécurité : quels dispositifs de détection, de protection et d’intervention sont prévus ?
- L’exploitation : qui pilote le système et assure la maintenance locale ?
- La fin de vie : quelles dispositions couvrent la reprise et le traitement des batteries ?
Les comparaisons d’offres doivent porter sur un périmètre identique. Un prix limité aux batteries ne peut pas être comparé directement à une solution comprenant conversion électrique, contrôle, génie civil et raccordement. Les références techniques du NREL distinguent ces composantes dans l’évaluation des coûts du stockage commercial et industriel.
Mesurer également le bénéfice carbone
Une batterie déplace de l’électricité dans le temps ; elle n’en produit pas. Pour apprécier son bénéfice climatique, l’étude doit préciser l’origine de l’électricité utilisée pour la charge, les pertes et l’électricité effectivement remplacée lors de la décharge.
La recommandation pour les entreprises marocaines consiste à comparer plusieurs scénarios : efficacité énergétique seule, photovoltaïque sans stockage, puis photovoltaïque avec stockage. Cette démarche permet d’identifier la combinaison la plus pertinente pour le site, en matière de coûts comme d’émissions.
Le projet de Benguerir constitue ainsi une référence industrielle à suivre. Les futurs résultats d’exploitation permettront de mieux apprécier ses performances. Pour les autres entreprises, la prochaine étape utile reste une étude fondée sur leurs propres données énergétiques et leurs contraintes de production.
Pour identifier les expertises disponibles, consultez les fournisseurs de solutions solaires photovoltaïques sur NetZero.ma.

