Le prix des certificats CBAM atteint 82,32 € pour le troisième trimestre 2026. Pour les entreprises marocaines exportant des marchandises concernées vers l’Union européenne, cette évolution invite à actualiser les simulations de coût et à fiabiliser les données carbone transmises aux clients.
Un prix en hausse de 9,35 % au troisième trimestre
Le 5 octobre 2026, la Commission européenne a publié le nouveau prix trimestriel des certificats du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ou MACF, couramment désigné par son acronyme anglais CBAM.
Les prix publiés pour 2026 sont les suivants :
- Premier trimestre : 75,36 € par certificat.
- Deuxième trimestre : 75,28 € par certificat.
- Troisième trimestre : 82,32 € par certificat.
La progression entre le deuxième et le troisième trimestre atteint 7,04 € par certificat, soit environ 9,35 %.
Ce prix repose sur les résultats des enchères du système européen d’échange de quotas d’émission. Pour les importations de 2026, c’est le trimestre d’importation dans l’Union européenne qui détermine le prix pertinent. La date de fabrication ou de départ du Maroc ne suffit donc pas à identifier le tarif applicable.
82,32 € par certificat, pas par tonne de produit
Le prix du certificat ne constitue pas une taxe uniforme de 82,32 € par tonne d’aluminium, d’acier ou d’engrais exportée.
Le coût dépend du nombre de certificats à restituer, déterminé à partir des émissions incorporées et des ajustements applicables. Ceux-ci comprennent notamment l’ajustement lié aux allocations gratuites du système européen et, sous les conditions prévues, la prise en compte d’un prix carbone déjà payé pour les émissions concernées.
Une entreprise ne peut donc pas établir son exposition réelle en multipliant simplement le tonnage de marchandises exportées par le prix du certificat. Elle doit d’abord clarifier les données et les règles pertinentes pour chaque produit.
Un exemple pour comprendre l’effet du prix
Supposons qu’un importateur ait besoin de 1 000 certificats rattachés à ses importations du troisième trimestre, après détermination des ajustements applicables.
Le coût correspondant serait de :
1 000 × 82,32 € = 82 320 €.
Pour un nombre identique de certificats, le prix du deuxième trimestre aurait donné 75 280 €, soit une différence de 7 040 €.
Cet exemple illustre uniquement l’effet de la variation du prix. Il ne calcule pas l’obligation réelle d’une entreprise et ne suppose pas que 1 000 tonnes de marchandises nécessitent 1 000 certificats.
Qui porte l’obligation et qui supporte le coût ?
Les obligations de déclaration et de restitution des certificats relèvent du déclarant CBAM autorisé dans l’Union européenne. Selon l’organisation du flux, il peut s’agir de l’importateur ou de son représentant en douane indirect.
Pour le fournisseur marocain, l’enjeu est néanmoins commercial. Le client européen peut intégrer le coût carbone dans ses comparaisons d’offres, ses négociations ou ses choix d’approvisionnement.
La répartition économique de ce coût dépend alors des contrats et des discussions entre les parties. La publication du nouveau prix n’entraîne pas automatiquement une réduction du prix payé à l’exportateur marocain.
Il devient utile de préciser, dans les échanges commerciaux, les données fournies, les hypothèses de calcul et les conditions d’une éventuelle répercussion du coût.
Quatre actions pour les entreprises marocaines
1. Identifier les flux effectivement concernés
La première étape consiste à vérifier avec les importateurs les codes douaniers, le champ d’application du mécanisme et les éventuelles exemptions.
Le CBAM couvre certains produits relevant du ciment, du fer et de l’acier, de l’aluminium, des engrais, de l’électricité et de l’hydrogène. L’appartenance à un secteur ne suffit toutefois pas à déterminer le traitement de chaque marchandise.
2. Fiabiliser les données d’émissions par produit
Les équipes industrielles, export et financières devraient rapprocher les volumes concernés, les installations de production et les informations d’émissions.
Lorsque l’importateur utilise des valeurs réelles, le producteur doit fournir des données vérifiées conformément aux exigences CBAM.
Un bilan carbone global de l’entreprise constitue une base de travail utile, mais ne remplace pas le calcul des émissions incorporées selon les méthodes propres au mécanisme. L’objectif est de disposer de données traçables et cohérentes avec les produits livrés.
3. Actualiser les simulations et les contrats
Une simulation utile distingue clairement quatre éléments : les quantités de marchandises, les émissions retenues, les ajustements applicables et le prix du certificat.
Cette séparation permet de comprendre si une variation du coût provient des volumes, de la performance carbone ou du marché européen du carbone. Elle facilite aussi les échanges avec les clients et évite de confondre une estimation provisoire avec un montant définitivement établi.
4. Relier la décarbonation aux décisions commerciales
La hausse du prix renforce l’intérêt d’examiner les leviers qui réduisent les émissions effectivement prises en compte pour chaque produit.
Les projets d’efficacité énergétique, d’évolution des procédés ou d’amélioration des matières entrantes doivent être évalués selon leur faisabilité, leur coût et leur effet mesurable. Leur incidence sur le CBAM doit être étudiée avec les règles sectorielles pertinentes.
Pour un industriel marocain, la décision d’investissement gagne ainsi à combiner économies d’exploitation, réduction des émissions et attentes commerciales des clients européens.
Préparer les échéances de 2027 dès maintenant
Les achats de certificats destinés à couvrir les importations de 2026 commenceront en février 2027. La première déclaration annuelle et la restitution correspondante des certificats sont attendues au plus tard le 30 septembre 2027.
Ce décalage entre les importations et les échéances financières laisse du temps pour organiser les dossiers, mais les données concernent déjà les flux de 2026.
Pour les exportateurs marocains, la priorité est donc de consolider les informations par produit, de partager des simulations documentées avec leurs clients et de clarifier les responsabilités commerciales. La qualité de ces échanges devient un élément concret de la compétitivité à l’export.

